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L'ancestralité
et la poésie. Par
Jean Claude Laurent ANQUETIL
Dans
l’univers les tendances sont bipolaires:
Le beau, le laid, le sombre le clair, le lourd le léger, le
chaud le froid,
n’échappent pas à ces apparentes
contradictions..! Il en est de même pour le
langage. La poésie en est
une expression. Une autre est la
prose. Elles en représentent l'essentiel de ses
formes. Si la prose
est utilisée couramment
pour
l’expression pratique et la communication, la
poésie elle, déstructure ses
codes usuels pour faire se
combiner des liaisons étranges,
imaginatives, créatives et surprenantes
entre des mots, des concepts et des objets qui n’auraient,
à priori, pas de
rapports entre eux ! (Voir le petit livre
d’Edgar Morin, « Amour,
poésie, sagesse" .) L’Art,
ce mouvement primordial intimement lié à
l’homme depuis les cavernes
préhistoriques, génère, dans sa
nature, la culture ! Cette expérience de la poésie absolue nous la faisons aussi chaque nuit quand nous dormons, quand nous rêvons ! Tous les grands textes
fondateurs ou mystiques sont portés par la
poésie, car elle seule peut décrire une
réalité intérieure qui n’est
pas de
nature ordinaire et banale. |
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Rêve et poésie
Si
nous sommes attentifs à nos rêves nocturnes nous
pouvons observer deux types de
sensations. Le premier type se caractérise comme une
ré-interprétation
de ce que nous avons vécu dans la journée de
veille et un second type de
rêves, plus
étrange et inattendu, nous
parvient de loin, comme venu d’ailleurs ! Mais
le rêve n’est t’il pas aussi une
« réalité »
vécue ? Pour
beaucoup gens cet
« ailleurs »
étrange perçu dans nos songes est au
réveil classé, rangé sous la
rubrique
« sans grand
intérêt »
généralement
circonscrite au
domaine de
« l’inconscient » plus
consensuel et normatif. |
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Pour
la tradition première, c’est à travers
le rêve que s’exprime notre personnalité
profonde et les rapports qu’elle entretient avec un cosmos de
forces et d’êtres
allégoriques dépassant notre petite
personnalité. « Rêver,
c’est agir » disent les shamans. Le
rêve est agissant, il est le désir
avant l’action dans la matière ! Si le
rêve change, l’action dans le monde
change ! Mais
cette évidence fait peur, dans notre civilisation
occidentale, l'interprétation
des rêves a été interdite
dès les premiers siècles de l'ère
chrétienne par
l'église catholique. Au moyen-âge, cette
interdiction était imposée avec
violence par l'inquisition. L'étude des rêves
était assimilée aux pratiques
divinatoires comme le tarot ou l'astrologie. Elle est restée
interdite jusqu'en
1992 par l'article R. 34 du Code Napoléon, l'ancien code
pénal. Pourquoi
cette peur ? Même
si le rêve est une adaptation de la psyché
à la réalité cette adaptation se
fait dans un lieu d’une absolue
créativité sans limitation matérielle. Si nos
petites idées personnelles sur le monde, sont loin
d’être originales a
contrario les rêves qui émergent du plus profond
de nous sont totalement
singuliers. Qui
dit singulier dit original, qui dit original dit créatif,
qui dit créatif
dit : être autonome. L’autonomie
de l’être, culturel, politique ou spirituel fait
peur aux maîtres dominants qui
surfent sur la contrainte, sur l’ignorance et
l’hypnose du prêt à penser dans
lesquelles ils souhaitent maintenir autrui ( les masses). Les
rêves dans la tradition sont associés à
la puissance créative. (Qui
ne s'est jamais endormi avec un problème, pour s'apercevoir
au matin qu'il
avait comme miraculeusement trouvé la solution ?) Nous
pouvons retrouver les voies du monde du rêve qui nous
conduisent vers le pays
qu’Henry Corbin appelait le monde imaginal,
« le pays du Non Où »
espace sensible de la plus haute spiritualité et de la plus
grande créativité
en sagesse. C’est
l’ouverture vers ces voies que propose
l’Ancestralité ! |